Happy washing : quand le bien-être devient une vitrine…
Depuis quelques semaines, un nouveau terme fait son apparition dans les débats sur la qualité de vie au travail : le happy washing.
À l’image du greenwashing pour l’environnement, il désigne une situation où une entreprise communique abondamment sur le bien-être de ses salariés sans s’attaquer réellement aux causes profondes des difficultés rencontrées. Le cabinet Qualisocial résume cette notion par une formule simple : on communique davantage qu’on ne transforme. (Qualisocial)
En lisant cet article, difficile pour nous de ne pas faire le parallèle avec ce que nous observons depuis plusieurs mois à BPACA.
Une mobilisation sans précédent… mais pour quoi faire ?
Nous n’avons jamais connu une telle campagne de communication autour d’une enquête Great Place To Work.
Messages dans le kiosque, relances répétées, communications des managers, affiches, vidéos, argumentaires… tout est mis en œuvre pour inciter les salariés à répondre.
Personne ne conteste l’intérêt de recueillir l’avis des collaborateurs. Bien au contraire.
La véritable question est ailleurs : que fera-t-on réellement de cette parole ?
Car une enquête n’améliore pas, à elle seule, les conditions de travail. Ce sont les décisions qui suivent qui font la différence.
Les vrais sujets sont-ils traités ?
Pendant que l’on communique sur l’image de « Great Place To Work », les élus du CSE continuent, eux, de porter des sujets beaucoup plus concrets :
- des portefeuilles parfois surdimensionnés ;
- une charge de travail qui ne cesse d’augmenter dans plusieurs métiers ;
- des réorganisations successives ;
- des fermetures ou transformations d’agences ;
- des difficultés rencontrées par les managers de proximité, souvent pris entre les objectifs et la réalité du terrain ;
- des situations de risques psychosociaux ayant nécessité des droits d’alerte.
Autant de sujets qui touchent directement aux conditions de travail, c’est-à-dire au cœur même de la QVCT.
Des fruits… ou des solutions ?
L’article de Qualisocial rappelle un point essentiel : une corbeille de fruits, un atelier bien-être ou un label ne sont pas un problème en soi.
Ils deviennent problématiques lorsqu’ils servent à donner l’impression que tout va bien alors que les difficultés organisationnelles demeurent.
Cette réflexion fait écho à ce que nous avons déjà écrit concernant la Semaine de la QVCT.
Bien sûr que personne ne refusera un panier de fruits. Mais la qualité de vie au travail ne se résume pas à quelques gestes symboliques.
Elle se construit en donnant aux équipes des moyens adaptés, des effectifs suffisants, du temps pour travailler correctement, des objectifs cohérents et un management soutenu.
Le risque du décalage
Qualisocial identifie plusieurs signes caractéristiques du happy washing :
- communiquer davantage qu’agir ;
- recueillir la parole des salariés sans changement visible ;
- laisser de côté les managers de proximité ;
- privilégier des actions visibles plutôt qu’un travail sur l’organisation. (Qualisocial)
Nous laisserons chacun apprécier si certains de ces constats trouvent, ou non, un écho dans la situation actuelle de BPACA.
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’une véritable démarche QVCT ne peut pas se limiter à mesurer le ressenti des collaborateurs.
Encore faut-il accepter d’entendre ce qu’ils disent… et surtout d’agir.
Une Great Place To Work ne se décrète pas
Ironie du calendrier : même Great Place To Work rappelle aujourd’hui que la QVCT ne se résume pas au bien-être affiché mais repose sur les conditions de travail, l’organisation, l’autonomie, la reconnaissance et la confiance. (Great Place To Work)
C’est précisément ce que les élus UGICT-CGT défendent depuis des mois.
Notre ambition n’est pas d’obtenir un label.
Notre ambition est beaucoup plus simple : faire de BPACA une entreprise où les collègues ont réellement les moyens de bien travailler, de préserver leur santé et d’exercer leur métier avec fierté.
Parce qu’au fond, une entreprise n’est pas une Great Place To Work parce qu’elle l’affiche.
Elle le devient lorsque ses salariés le vivent réellement au quotidien.
